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Tadzio.

Paris, le 01/19

@tadzio.photovideo

http://www.tadzio.net

Depuis une quinzaine d’années, je photographie les affiches déchirées dans les souterrains du métro. Cela a donné lieu à une série « Figure in motion » en 2010 pour laquelle j’ai utilisé l’oeuvre de Jean-Charles Blais en mutation à la station Assemblée Nationale. Oeuvre tristement disparue depuis. En 2018 les tirages de la série « Scars » (photographies cyanotype d’affiches déchirées) ont été offerts au public pour le projet «C’est Parti de deux mots : Taki 183». 

Le pariétisme, mouvement initié par Camille Sauer, s’attache à imposer un système d’écriture artistique au sein de la ville. En plus de prendre des photographies je vais m’appliquer à les rendre à la ville sous forme d’un langage sous-terrain. Pour ce nouveau projet « Abîme », le procédé se déroule en 3 temps : Photographier des affiches déchirées et en faire des tirages : à la fois capturer un temps cours d’existence d’un objet peut-être devenu oeuvre ; et aussi s’attacher à ces fragments de société « Scars » partiellement abstraits sur lesquels des inconnus ont interféré. Apposer ces tirages sur des affiches intactes : il s’agit d’un acte intrusif mais non destructeur. Généreux aussi puisqu’il s’agit de donner plutôt que de prendre/supprimer : une image qui d’ailleurs pourra être emportée (arrachée) par un passant s’il décide de l’arracher du mur. Augmenter, rehausser une publicité dont le propos parait particulièrement inintéressant. Discret puisque face à une image 4 x 3 m, le tirage ne mesure que 14 x 17,5 cm. Déplacer une image sur une autre et ainsi lui donner du mouvement et donc du temps. Reste le choix de la position du tirage dans la publicité : au grès des slogans et des images. Photographier ces tirages sur ces images (le travail du photojournaliste) : donner une existence au projet dans le temps (l’archiver) en photographiant la photographie d’une photographie. Le photojournaliste est lui-même un vecteur du système publicitaire auquel personne n’échappe puisque son travail représentera inévitablement les publicités augmentées. Un travail de mise en abîme de l’image publicitaire qui fait bien sûr référence au travail de Jacques Villeglé, pour qui le véritable artiste est le lacérateur anonyme. Villeglé emporte puis recadre en découpant les affiches lacérées par d’autres. Je vais également recadrer (photographiquement) mais mon appropriation sera de courte durée puisque je rendrai ses images à la ville dans un geste politique et symbolique. Abîme veut rendre les images au public sans abimer mais en donnant du temps : temps de réflexion sur l’imagerie publicitaire et sur les réactions qu’elle engendre. Egalement immiscer du temps dans un objet éphémère, lui donnant ainsi statut d’oeuvre. 

Tadzio

For the past fifteen years or so, I have been photographing the posters torn in the underground of the metro. This led to a series of "Figure in motion" in 2010 for which I used Jean-Charles Blais' work in mutation at the station Assemblée Nationale. Work sadly disappeared since then. In 2018 the prints of the "Scars" series (cyanotype photographs of torn posters) were offered to the public for the project "C'est Parti de deux mots : Taki 183". Parietism, a movement initiated by Camille Sauer, aims to impose a system of artistic writing within the city. In addition to taking photographs, I will try to return them to the city in the form of an underground language. For this new "Abyss" project, the process takes place in 3 stages: Photographing torn posters and making prints of them: both capturing time during the existence of an object that may have become a work of art; and also attaching oneself to these partially abstract "Scars" fragments of society on which strangers have interfered. Putting these prints on intact posters is an intrusive but non-destructive act. Generous too, since it is a matter of giving rather than taking/deleting: an image that can be taken away (ripped off) by a passer-by if he decides to tear it off the wall.

Increase, enhance an advertisement whose purpose seems particularly uninteresting. Discreet because in front of a 4 x 3 m image, the print measures only 14 x 17.5 cm. Move one image over another and thus give it movement and therefore time. The choice of the position of the print in the advertisement remains: depending on the slogans and images. Photograph these prints on these images (the work of the photojournalist): give existence to the project over time (archive it) by photographing the photograph of a photograph. The photojournalist is himself a vector of the advertising system from which no one escapes since his work will inevitably represent increased advertising. A work of mise en abîme of the advertising image which of course refers to the work of Jacques Villeglé, for whom the real artist is the anonymous lacerator. Villeglé takes away and then reframes by cutting out the posters torn by others. I will also reframe (photographically) but my appropriation will be short-lived since I will return his images to the city in a political and symbolic gesture. Abîme wants to return the images to the public without damaging them but by giving time: time to reflect on the advertising imagery and the reactions it generates. Also to interfere with time in an ephemeral object, thus giving it the status of a work of art. 

Tadzio

Photographer review:

L’image, encore l’image. Omniprésente dans le projet Abîme, mis en oeuvre dans le métro parisien par Tadzio. Une mise en abîme subtile, dans l’univers des affiches déchirées qui décorent ces tunnels tant fréquentés par les parisiens et autres touristes, qui trop souvent passent devant sans y prêter un oeil. 

 

Alors, Tadzio a voulu donner un second souffle, une nouvelle vie à ces images, souvent publicitaires, après une première captation photographique via son téléphone en rendant au métro ce qui lui avait pris, par l’apposition de ses propres photographies sur d’autres affiches. 

 

Pour le photographe, l’univers du métro est toujours intéressant, tant d’un point de vue technique du fait de l’éclairage obligeant à trouver les combinaisons pour obtenir une bonne luminosité , que de son placement, les espaces étant peu profonds, et de l’interaction avec le public, le passant étant toujours surpris et peu enclin d’être saisi à la sauvette dans ces zones de passage. 

 

Parfois, les agents de sécurité viennent l’arrêter dans sa démarche. Pas pour Abîme. Sûrement du fait de la poésie et de la douceur du geste de l’artiste, qui n’a arraché à l’image que sa substance immatérielle par la photo, avant de lui rendre, comme une offrande, via un tirage proprement collé avec du ruban adhésif. Ici, l’artiste construit plus qu’il ne déconstruit, et qui pourrait lui reprocher de donner à ces couloirs ternes une subtile coloration artistique ? 

 

Mettre en abîme sans abîmer, c’était le défi de Tadzio, dans ce projet photographique par essence. J’avais bien réfléchi à quelle focale utilisé, pendant même un moment utiliser mon propre téléphone pour pousser l’abime jusqu’au bout. J’ai finalement choisi le 50mm.  

La première phase a donc consisté à la prise de vue de l’artiste, photographier les affiches déchirées qu’il jugeait intéressantes, esthétiques. Arpentant pendant presque deux heures les couloirs, prenant des métros au hasard, traversant Paris en quête de l’image qui le satisferait. Plusieurs constats alors : les affiches sont très régulièrement remplacées, limitant d’une manière leur détérioration trop apparente, et certaines stations semblent être plus le terrain de jeu des déchireurs d’affiches que d’autres ! Quelques réactions du public, et surtout pour moi cette découverte d’un nouveau monde, de compositions d’images que je n’avais jamais remarquées avant de débuter ce projet. 

 

La seconde phase fut celle de l’apposition des photographiques sur les publicités, rendant, créant une série de nouvelles images. Des regards curieux, peu d’arrêts de la part des passants pressés, mais des images intéressantes, qui resteront quelques jours aux yeux de ceux qui voudront bien prendre le temps de le voir. Avant d’être recouvertes, à leur tour, par de nouvelles publicité, dans le cycle apparemment interminable de la vie des images, que ce reportage se veut d’immortaliser. 

Corentin Schimel

The image, the image again. Omnipresent in the Abîme project, implemented in the Parisian metro by Tadzio. A subtle « mise en abîme », in the universe of torn posters that decorate these tunnels so frequented by Parisians and other tourists, who too often pass in front of them without taking a look. 

 

So, Tadzio wanted to give a second wind, a new life to these images, often advertising, after a first photographic recording via his phone by giving back to the metro what had taken him, by putting his own photographs on other posters. 

 

For the photographer, the world of the metro is always interesting, both from a technical point of view because of the lighting, which requires finding the combinations to obtain good luminosity, and because of its placement, the spaces being shallow, and the interaction with the public, the passer-by being always surprised and reluctant to be caught on the run in these transit zones. 

 

Sometimes, security guards come to stop him in his tracks. Not for « Abîlme ». Probably because of the poetry and softness of the artist's gesture, who ripped off the image only its immaterial substance through the photo, before returning it, like an offering, via a print properly glued with scotch. Here, the artist builds more than he deconstructs, and who could blame him for giving these dull corridors a subtle artistic colouring? 

 

To put in abyss without damaging, that was Tadzio's challenge, in this photographic project by essence. I had thought carefully about which focal length to use, for a while even using my own phone to push the damage to the end. I finally chose the 50mm.  

The first phase therefore consisted in taking pictures of the artist photographing the torn posters that he considered interesting and aesthetic. Walking for almost two hours through the corridors, taking random subways, crossing Paris in search of the image that would satisfy him. Several observations then: the posters are very regularly replaced, limiting in a way their deterioration too apparent, and some stations seem to be more the playground of the poster tearers than others! Some reactions from the audience, and especially for me this discovery of a new world, of compositions of images that I had never noticed before starting this project. 

 

The second phase was the affixing of photographs to advertisements, making, creating a series of new images. Curious looks, few stops from hurried passers-by, but interesting images, which will remain a few days in the eyes of those who will take the time to see it. Before being covered, in turn, by new advertising, in the seemingly endless cycle of the life of the images, which this report aims to immortalise. 

Corentin Schimel