Richard Guil / "Rencontre avec Marchal Mithouard alias Shaka"

« La limite n’est pas ce où quelque chose cesse, mais bien, comme les Grecs l’avaient observé, ce à partir de quoi quelque chose commence à être [sein Wesen beginnt]. »  Heidegger

 

Marchal Mithouard alias Shaka est un artiste sans limite, sans frontière, pluridisciplinaire, dans la rue comme en atelier exposant à la Sorbonne et à la galerie Lazarew depuis 2011.

Richard Guil 

Comment est née votre vocation artistique ?

 Ma vocation est née assez jeune, j’avais 9 ans. Ma mère m’a demandé ce que je voulais faire à la rentrée et je lui ai dit que je voulais prendre des cours de peinture. Très rapidement c’est devenu mon vecteur préféré. Très jeune c’était ce que je voulais faire, c’était défini dans ma tête.

Crédit photos : Marchal Mithouard © http://www.marchalmithouard.com

Quelles sont vos influences actuellement ? Vos inspirations ? Vos œuvres en cours ?

 

            L’inspiration est souvent liée à notre inconscient, on ne sait jamais d’où ça vient, identifier les œuvres qui nous ont marqué au fer blanc et qui viennent transpirer dans notre travail, mais dernièrement c’est Katsushiro Ōtomo, l’artiste qui a réalisé Akira. Mon exposition va s’appeler « Prédation » et c’est une œuvre qui est légèrement à part parce que je m’inspire d’un classique du manga japonais « Akira » et je fais un portrait de la transformation du personnage de Tetsuo Shima. C’est un collectionneur qui m’a offert la collection, il aimerait bien voir avec mon style ce que je peux faire de ce personnage, et comme ça colle bien avec ce que je fais, je suis parti sur cette œuvre.

            Ce qui m’inspire actuellement c’est plus l’actualité, j’écoute beaucoup les chaînes d’information, pas les chaînes mainstream, mais plutôt des chaînes internet comme Thinkerview ou Le Média de Denis Robert. Je m’inspire beaucoup de l’actualité et de ce qui se passe dans le monde d’où le titre de ma future exposition « Prédation »

 

« Prédation »,  ça veut dire qu’il y a des prédateurs et des proies, pouvez-vous nous en dire plus ?

 

            Les prédateurs sont multiples, c’est pour cela que j’aime bien ne pas cocher une seule case quand je réalise des œuvres et avoir un langage trop manichéen. Je préfère laisser libre court à l’imagination du spectateur et à son interprétation ainsi que ma propre interprétation de l’œuvre et qu’elle ne soit pas unique. Un message trop évident ne me plaît pas. J’utilise certains symboles et certains codes pour amener des images qui sont évidentes à la première lecture mais qui regorgent d’une complexité supplémentaire pour créer plusieurs lectures dans les images. « Prédation » c’est aussi bien des prédateurs sexuels, politique, économique, c’est un mot qui est à cheval sur une multitude de problématiques actuelles.

            Le premier dessin est un groupe de personnes assez virulentes qui coursent une personne isolée. A priori ça ressemble à une course poursuite dans les bois car j’ai découpé du métal que j’ai collé sur le dessin qui forme des bandes métalliques argentées et qui symbolisent la forêt. On ne sait pas si le personnage est féminin ou masculin. Dans une démarche où je laisse libre court aux interprétations, j’aime bien gommer l’identité des personnages.

Crédit photos : Marchal Mithouard © http://www.marchalmithouard.com

Quand on voit cette foule de personnes qui courent après cette personne seule, il y a l’idée de multitude et de solitude. J’ai vu dans vos œuvres que la solitude est très présente, il y a aussi comme un déterminisme pessimiste dans cette solitude, quelles sont vos aspirations artistiques ?

 

            La solitude je pense que c’est inconscient et c’est lié au fait que, même si l’on est bien entouré, on avance seul malgré tout. Souvent dans mes œuvres il y a un personnage qui est présent et toujours à part du reste du groupe, soit parce qu’il a chuté, soit parce qu’il est étonné du comportement des autres. Souvent les personnages sont en nombre impair dans mes œuvres, il y a toujours un groupe qui est plutôt la pair et l’impair c’est le personnage qui se rajoute et c’est ce qui crée soit l’équilibre soit le déséquilibre comme on peut l’interpréter et ça forme un tout.

Le monde n’est pas manichéen et c’est ainsi que se forme une opposition, une contradiction ou un personnage qui ne soit pas dans la dynamique collective. C’est aussi le rôle de l’artiste de dériver hors des dynamiques universelles, d’avoir sa propre vision des choses.

 

Vous avez deux identités artistiques et vous êtes connu sous le pseudonyme de  Shaka et comme étant Marchal Mithouard aussi. Shaka est « hors les murs » des institutions, Marchal Mithouard est dans les murs institutionnels. Est-ce que vous le voyez comme une simple continuité de votre expression artistique ou voyez-vous une frontière entre la rue et les galeries?

 

            La démarche artistique n’a pas de frontière, son but est de s’exposer au monde du moment qu’elle est sincère et contextée. L’artiste s’adapte en fonction du lieu et de l’inspiration que ce dernier peut procurer ou non. C’est à l’artiste de décider si le contexte répond à ses attentes. Je réalise des œuvres comme d’autres les écrivent, pour qu’elles soient lues et interprétées. On peut donc parler de continuité ou bien de parallèle. Si l’institution vient nous chercher dans la rue, c’est que le message a porté ses fruits, on ne peut pas refouler des personnes qui nous comprennent, veulent en savoir plus sans intervenir dans le processus créatif. Après, si on estime que la place de notre œuvre n’est pas dans un musée, libre à nous de refuser et d’expliquer pourquoi (ou pas).

Crédit photos : Marchal Mithouard © http://www.marchalmithouard.com

Si la démarche dans la rue est contestataire et lié à la modification ou la destruction du mobilier urbain comme ça a pu être le cas quand je faisais des barrières de péages ou des parcmètres en goudron et en plumes, on ne pense pas à l’institution c’est sûr, on souhaite juste faire ce que l’on semble être bien sans se soucier du reste. C’est sûrement dans ses moments de grande liberté que l’œuvre prend une dimension intéressante, complètement hors-cadre. Rien ne présage qu’elle n’ira pas par la suite dans l’institution !  La Sorbonne m’a invité il y a quelques temps d’autres anciens étudiants ( RCF1, Morège, Katre et Nosbé ), pour l’exposition « Entré dans les Moeurs ». Nous étions quelques anciens de la Sorbonne pour la première journée doctorale sur le street art et l’urban art en Europe. Il y avait beaucoup d’activistes du milieu , une conférence avec les artistes. Je trouvais ça chouette que ce que l’on faisait dans les escaliers de la fac et dans les rues ait pu avoir un impact sur le travail qui a succédé à cette pratique parallèle. Ca nous a nourrit et donné une orientation particulière à notre travail. Malheureusement le jeu a un peu cédé la place et j‘essaie de garder cette chose en tête car j’ai beaucoup appris de la rue par ces jeux d’échanges et de rencontres, ça fait partie d’une des cordes à mon arc.

            J’étais prêt par mes études à épouser la carrière d’artiste si c’était possible. Ça n’est pas arrivé par les études mais par le graffiti, cela m’a donné l’opportunité de participer aux premières ventes aux enchères. Ce sont les maisons de vente qui nous ont fait confiance au départ. J’ai toujours considéré que si on s’engage artistiquement, même si pour certains, (dont moi) les ventes aux enchères sont vues comme quelque chose de très spéculatif, j’avoue m’être prêté au jeu au départ pour me faire connaître. Aujourd’hui je ne souhaite plus participer aux enchères car la spéculation que ce soit à la bourse ou dans l’art, c’est la même démarche capitaliste. Je ne souhaite plus que l’on spécule sur mes œuvres tout en sachant que je ne maîtrise pas tout.

 

D’où vient votre pseuso « Shaka » ?

 

            Ça date de l’adolescence parce qu’avant d’écouter et de m’imprégner de la culture hip-hop et de faire du graffiti j’étais plus proche des cultures anglo-saxonnes underground punk, ska et reggae jamaïcain. Je me faisais inscrire dans des programmes d’échange linguistique en Angleterre pour m’inspirer de cette culture. Le pseudo « Shaka » vient de la culture  jamaïcaine, il y avait un label basé à Londres qui s’appelait « Trojan Records » qui surfait entre le ska, le calipso, le R’n’B et le reggae. Ces musiques m’ont beaucoup influencé. Il y a aussi Shaka Zulu, le nom du roi sud africain qui a donné le nom à la Zulu Nation d’Afrika Bambaataa dans les années 70. Ça fait référence à toute cette culture jamaïcaine reggae-ska et afro-américaine avec cette référence à ce roi Zoulou d’Afrique du Sud. C’est toute la base de ma culture, j’aimais beaucoup traîner dans des squats quand j’étais plus jeune et on y croisait beaucoup de gens du mouvement punk et alternatif Français.

Crédit photos : Marchal Mithouard © http://www.marchalmithouard.com

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